Littérature
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Les doigts rouges: nouveau succès pour Keigo Higashino

Les responsabilités familiales l’emportent-elles sur la morale ? C’est le sujet qu’a choisi de traiter Keigo Higashino pour son dernier roman. Dans une critique amère de la société nipponne, l’auteur signe un nouveau chef d’œuvre. Incontestablement l’un des indispensables de la littérature japonaise de cette année 2018.

Le Japon et les relations humaines

Maître incontesté du roman policier dans son pays natal, Keigo Higashino est également parvenu à gagner les cœur des francophones depuis une dizaine d’années. Impensable, pour les férus de littérature japonaise, de faire l’impasse sur Le Dévouement du suspect X ou La Maison où je suis mort autrefois. Nul doute que les éditions Actes Noirs (de la maison Actes Sud) proposent décidément du contenu de grande qualité. Cette nouvelle sortie a donc fait grand bruit, à raison pour l’intégralité des lecteurs.

De l’avis général, ce dernier roman se veut pourtant moins dense que les précédents, mais passe néanmoins sans difficulté l’épreuve du feu. C’est que le genre policier a toujours bénéficié d’un statut particulier au sein de la littérature. Son essence même permet de retranscrire avec un soin minutieux les psychologies les plus complexes et dépeint à merveille la réalité sociale. Dans Les doigts rouges, Keigo Higashino fait le choix de porter cet aspect au premier plan. En résulte une œuvre davantage orientée vers l’observation que l’enquête. Le coupable est d’ailleurs révélé dès les premières pages, l’intrigue nous proposant d’alterner, chapitre après chapitre, entre le point de vue des enquêteurs et des criminels.

Une famille normale, ça n’existe pas. Les familles paraissent normales de l’extérieur, mais elles ont toutes leur situation propre

Si criminels est écrit au pluriel, ce n’est pas un hasard: c’est toute une famille qui se retrouve impliquée dans cette sombre histoire. Maehara Akio, un homme comme il en existe tant, est sujet au mépris de son épouse. Délaissé au profit d’un enfant roi, il accumule les heures supplémentaires de manière à passer le moins de temps possible à son domicile. Les obligations familiales vont cependant le rattraper, lorsqu’il apprend que son propre fils vient  de commettre l’inacceptable: le meurtre d’une fillette. Sous les pressions d’une femme égoïste et dénuée d’affection, il sera amené à faire passer le bien-être de sa famille avant son propre ressenti. Autrement dit, nous sommes amenés à nous questionner sur le fondement même des codes de savoir-vivre de la société japonaise.  Autre thématique occupant une large part du bouquin, celle du troisième âge. Dans un Japon vieillissant, se pencher sur le sort des personnes âgées, leur ressenti, mais aussi la responsabilité qui incombe à leur enfants est d’une importance capitale.  Le sujet suscite une grande émotion, particulièrement lors des dernières pages.

Un roman qui se doit de figurer sur votre liste

Il ne fait aucun doute que 2018 est une excellente année pour les amateurs de littérature japonaise. Entre les traductions d’auteurs classiques tels que Osamu Dazai, Akiyuki Nosaka ou Junichiro Tanizaki et le gigantesque raz-de-marrée provoqué par Konbini de Sayaka Murata, les titres notables ne manquent pas. Les doigts rouges rejoint quant à lui sans mal le podium des meilleures œuvres contemporaines. La question ne se pose pas: il faut le lire.

4 commentaires

  1. J’ai découvert cet auteur avec « La maison où je suis mort autrefois ». Roman que j’ai offert à plusieurs personnes qui toutes l’ont aimé. J’avais été un peu déçue avec « Le dévouement… » (mais la fin est excellente) et surtout « Un café maison ». Du coup, je l’avais mis un peu de côté et repris avec l’excellent « La fleur de l’illusion » (offert ce Noël à mon père qui m’a dit hier qu’il l’a commencé). Ces « doigts rouges », j’ai adoré aussi ! En fait, je crois que je préfère ces romans sans son physicien Yukawa.

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    • Japon moderne dit

      Je suis assez d’accord pour dire qu’il y a du bon et du moins bon, même si je n’ai pas tout lu (je ne connais pas du tout « Un café maison »). Par rapport à ce que j’en sais, « Les doigts rouges » est mon favori pour l’humanité qu’il dégage et la symbolise du sacrifice familial typiquement japonais. En fait, n’étant pas un fan de polar, je l’apprécie certainement parce qu’il est le moins « policier » de tous 🙂

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      • C’est justement cela que j’aime : des romans « policiers » différents. Mon père a terminé le roman et même envoyé l’autre soir un whatsapp pour me dire qu’il avait aimé – c’est dire ! ;-D

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