Littérature
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Contre la pauvreté au Japon (Yuasa Makoto)

Au fil de son existence, l’éditeur Philippe Picquier nous a offert nombre d’analyses remarquables sur la thématique du Japon. Analyses qui, par leur justesse et leur pertinence, ont fait la réputation de la maison d’édition. Cet année ne pouvait donc commencer qu’avec un essai d’envergure, l’un de ceux qui eurent un impact considérable sur les mentalités japonaises ces dix dernières années.

La pauvreté hante désormais un des pays les plus riches du monde. Cet essai explique ce qu’est la pauvreté de tous les jours au Japon, les différents mécanismes d’exclusion et les causes de son augmentation, à travers de multiples exemples de vies quotidiennes. Il présente les solutions existantes et possibles, imagine une société de nouveau solidaire et réinventée par des travailleurs précaires ou des sans-abri décidés à s’organiser. Un regard inédit sur la société japonaise. Et la nôtre.

C’est en 2008 que Yuasa Makoto publie Contre la pauvreté au Japon, Han hinkon : Suberidai shakai kara no dasshutsu de son titre original. Et il est fondamental de le préciser. En effet, le choc qu’il suscita au sein de la société nippone provient en partie du terme « Hinkon » (pauvreté) qui avait purement et simplement disparu de cette langue depuis les années 50. L’absence de publication de statistiques sur le sujet fit notamment partie d’une processus qui conforta la nation dans l’idée que la misère avait cessé d’exister depuis la fin de la guerre. Aussi invraisemblable que cela puisse paraitre, il aura fallut attendre 2008 pour que son existence soit admise par la population, en grande partie grâce aux nombreuses batailles menées par Yuasa Makoto. Son ouvrage, quant à lui, se vendra à 200 000 exemplaires et certaines de ses idées seront mises en place par le Premier ministre Hatoyama Yukio lors de son ascension au pouvoir. Les lecteurs français seront d’ailleurs heureux de savoir que le choix d’utiliser le terme « Hinkon » fut une suggestion de Mélanie Hours, coordinatrice de la version version française de l’ouvrage.

L’essai en question se partage en deux parties. La première propose de se rendre sur le terrain même, au coeur du sujet. On y découvre notamment un portrait représentatif de cette tranche de la population (vivre dans un cybercafé ou travailler comme ouvrier intérimaire), mais aussi les évènements à l’origine de la situation. Yuasa Makoto se lance également dans une critique virulente d’e cette question fondamentale qui encore aujourd’hui l’un des chevaux de bataille de la droite japonaise: « la pauvreté relève-t-elle de la responsabilité individuelle ?». La deuxième partie explore quant à elle des solutions pertinentes à appliquer pour remédier à la précarité pour aboutir à l’édification d’un réseau anti-pauvreté.

Mon avis

Cette étude, qui bouleversa profondément le regard qu’ont les Japonais de sur la pauvreté, est absolument indispensable si vous vous intéressez véritablement à ce pays. On pourra bien entendu  se questionner sur le fait qu’elle date désormais d’une dizaine d’années, mais elle reste pertinente pour de multiples raisons. D’une part, elle témoigne d’une réalité historique et de son évolution et, par ailleurs, les situations décrites restent toujours d’actualité. Il s’agit donc d’un livre à se procurer coute que coute, emprunt d’une profonde humanité.

Ma note : ★★★★★
(5/5)

Détails sur le livre

  • Titre original : Han hinkon : Suberidai shakai kara no dasshutsu
  • Traducteur: Buquet Rémi
  • Genre: essai
  • Nombre de pages: 272
  • Editeur : Editions Philippe Picquier
  • Collection : Littérture, Sciences humaines
  • ISBN-10: 2809713820
  • ISBN-13: 978-2809713824
  • Prix: 20, 50 euros

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