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Le non-sens anachronique, l’une des raisons du faible taux de fécondité au Japon

Ce 26 juin, le journal Asashi Shimbun a publié une analyse très intéressante du problème de natalité qui touche actuellement le Japon et dont voici une traduction:

L’indice de fécondité au Japon, ou le nombre moyen d’enfants qu’une femme devrait mettre au monde au cours de sa vie, soit 1,42 en 2018, est en baisse de 0,01 point par rapport à l’année précédente. Il s’agit de la troisième baisse annuelle consécutive. Pourtant, en septembre 2017, le Premier ministre Shinzo Abe avait dissous la Chambre basse en vue de la tenue d’élections anticipées, décrivant la combinaison du vieillissement de la société et de la baisse du taux de natalité au Japon comme une «crise nationale». Mais il est indéniable que a baisse continue du taux indique l’échec des politiques gouvernementales mises en œuvre pour atteindre le «taux de fécondité souhaité de 1,8» qui permettrait à tous les couples d’avoir autant d’enfants qu’ils le souhaitent. Où se situent donc les lacunes de la politique? Existerait-il un écart entre ce que le gouvernement propose et ce dont le public a réellement besoin? Un examen approfondi des priorités et des politiques eux-mêmes serait nécessaire pour garantir leur efficacité.

Après avoir chuté à 1,26 en 2005, le taux de fécondité au Japon est revenu à 1,45 en 2015, à la fois grâce à la reprise économique et à l’amélioration des services de garderie. Mais après 2015, les chiffres ont commencé à diminuer de nouveau et la tendance des gens à se marier et à fonder des familles tardivement est restée inchangée à ce jour. C’est une évidence: une action urgente est nécessaire pour créer un environnement dans lequel les jeunes, qui hésitent à se marier et à avoir des enfants, pourraient recevoir le soutien dont ils ont besoin pour continuer à travailler. L’administration Abe s’appuie pour la première fois sur une aide pour les jeunes de 3 à 5 ans. La mise en œuvre du programme est prévue pour octobre, mais il reste encore beaucoup de points qui doivent être mis a plat.

Il est un fait que les contraintes économiques poussent beaucoup de jeunes à réfléchir à deux fois avant de se marier et de fonder une famille. Toutefois, les garderies agréées appliquent des tarifs dégressifs en fonction des revenus, ce qui signifie que les personnes ayant des revenus relativement élevés bénéficieront davantage du programme de service gratuit. Cela peut difficilement être considéré comme un programme de soutien efficace pour les jeunes en difficulté financière, étant donné que moins de 10% des 20-30 ans qui gagnent un faible revenu annuel inférieur à 3 millions de yens (24 446 euros) sont mariés. 

Mais en réalité, le besoin le plus pressant exprimé par les parents de jeunes enfants de nos jours est celui des «ouvertures immédiates dans les garderies», et non des services gratuits. Ce dont ces personnes ont désespérément besoin, c’est la garantie que chaque enfant sera pris en charge pendant qu’elles seront au travail.

La France et la Suède, qui ont augmenté leurs taux de fécondité respectifs, sont réputées pour leurs services de garde d’enfants avancés et leurs programmes de soutien généreux pour les ménages avec enfants, ainsi que pour avoir encouragé énergiquement les hommes qui travaillent à prendre des congés parentaux. Le monde de l’entreprise lui même  doit changer au niveau national si l’on veut que le Japon devienne une société où les hommes sont impliqués dans la garde de leurs enfants.

Dans le cadre de sa politique de réforme du travail, l’administration Abe tente de raccourcir les heures ouvrées au Japon, qui sont anormalement longues dans nos sociétés modernes. Ces nouvelles lois régissant les heures supplémentaires sont entrées en vigueur en avril et les contrevenants sont passibles de sanctions. Cependant, la limite de travail en heures supplémentaires est à peine inférieure à celle du «karoshi» (décès dû au surmenage) désigné par les autorités du travail. Pour parvenir à une plus grande harmonie travail-viel, le gouvernement doit impérativement prendre des mesures beaucoup plus fermes. Pendant ce temps, les législateurs du Parti libéral-démocrate au pouvoir affirment sans ambiguïté que les femmes devraient avoir des enfants «pour le bien de la nation» et que seules ces dernières devraient être responsables de l’éducation des enfants. Ne serait-il pas enfin temps de bannir ce genre de mentalités pour de bon ?

Source: http://www.asahi.com/ajw/articles/AJ201906260026.html

 

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